they built up the picture (soloshow)


 Graphic design: © Studio Barré Mathieu

KOMPLOT, BRUXELLES, BELGIQUE
CUR.: THIBAUD LEPLAT
Support: ADAGP 2024, CNAP 2022, FWB, COCOF, VGC et la commune d’Anderlecht, co-production Gilbard
With a sound piece and a live set by Elodie Lecat
JAN 2026 - FEB 2026 

Fr 

Chère Caroline,

Je t’écris depuis la place du Conseil, où nous préparons avec hâte ton accueil. La neige s’accumule et je me réchauffe en buvant un café. La salle d’exposition est encore vide; seuls les motifs en spirale serpentent sur les murs, et j’attends l’arrivée de tes pièces. Je repense au moment où nous avons commencé à travailler ensemble, en septembre 2024. À cette époque, tu développais une recherche entamée deux ans plus tôt, prenant pour origine l’étude d’un animal énigmatique que je ne connaissais pas encore: un bivalve du groupe des mollusques; la moule d’eau douce. Totalement inédit à mon regard et à ma connaissance, tu m’as expliqué qu’il filtre l’eau, qu’il réagit à son environnement, que sa coquille garde les traces, entre autres, des variations de température et de l’acidité de l’eau. Depuis, je le vois, et le regarde autrement. J’ai été immédiatement surpris par la manière dont tu amènes ce sujet vers tes intérêts pour l’image. Comme nous nous connaissons depuis quelques années, nous avions pu parler de nos réflexions communes sur le paysage (Summa IOS, 2019), les reproductions d’œuvres d’art (Glitch, 2022), et voilà que tu ouvres le champ de tes recherches à des images qui se produiraient en dehors de l’humain·e. Tu explores l’image à l’aune d’une écologie contemporaine, où le vivant non-humain deviendrait sujet et producteur d’images. J’ai également une histoire avec les moules. Ayant grandi sur les côtes bretonnes, il m’est arrivé d’en pêcher en eau salée. À l’époque, je ne me posais pas vraiment de questions: ni sur leur origine, ni sur leur nom, ni sur leur manière de vivre - après tout, ce n’en était pas la démarche. 


En t’écoutant me parler de la moule d’eau douce, collectée, exploitée pour l’industrie de la nacre, menacée, protégée, méconnue... ces souvenirs sont revenus avec une nouvelle intensité. Ce travail bouleverse en quelque sorte ma propre perception, à la fois sur le plan conceptuel et intime, et mon regard porté vers l’autre, non-humain·e. En racontant cette histoire, je constate peut-être un peu naïvement mais honnêtement, qu’entre l’animal discret et moi, j’entretenais inconsciemment un hiatus. Je ne pensais pas qu’un animal aveugle puisse ‘être au monde’ de manière aussi imbriquée à son milieu et aux autres vivant·e·s et non-vivant·e·s qui l’entourent.  Aujourd’hui, nous voilà en janvier 2026, nous y sommes. Pour introduire l’exposition, j’ai beaucoup de plaisir à penser au titre que tu as choisi : they built up the picture. Ils, elles, iels, construisent l’image du vivant- à la fois le bivalve en dehors de toute manipulation humaine, ainsi que celles et ceux qui l’observent avec soin, celles et ceux qui l’exploitent, le mesurent, le quantifient et aujourd’hui le préservent. Finalement tous.tes cell·eux qui le rappellent à nous.Je ne sais plus très bien où elle commence et si elle a une forme finale. Et c’est précisément prise dans cet ensemble de relations hétérochrones qu’elle apparaît: l’image en creux d’une attention au vivant. Ton image écologique, celle constituée de regards adressés, qui se reconsidère en zone sensible: un espace en tension habité de milliers d’yeux. 
Pour tout cela, je te remercie sincèrement. Je retourne à mon café, à mon chauffag d’appoint et à nos to-do lists d’avant vernissage. 
Finger crossed, tout sera prêt à temps.
On se retrouve très vite.



Amicalement,
Thibaud










 Photos: © Lola Pertsowsky 
  Elodie Lecat, Live set, Komplot Bruxelles